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Nawather - Wasted years
M&O Music
2016
Publié le 07/05/2016, par le_renard
Tout métalleux qui se respecte sait forcément citer sans hésitation un groupe légendaire Black Métal norvégien, un incontournable Heavy Power allemand, ou un indétrônable Thrash américain. Mais qu'en est-il du Métal arabe ? Ou plus généralement, "oriental" ? Je défie quiconque de pouvoir me citer trois noms de groupe de Métal issu du Maghreb ou des pays orientaux. À part peut-être Orphaned Land ou Myrath, le Métal dans ces contrées reste peu représenté, ou du moins mal connu dans nos régions.

Et bien ! Voici un groupe qui vous permettra d'affirmer le contraire. Nawather, originaire de Tunisie (tout comme Myrath d'ailleurs), est l'exemple parfait de Métal qui s'inspire largement de la culture orientale. Ayant dépassé ses frontières grâce au label M&O Music, le groupe propose leur premier album, sous le nom de Nawather. En effet, la formation existe depuis plusieurs années déjà, mais s'appelait précédemment Agony's Serenade.

Avec "Wasted years", le groupe nous emmène dans un voyage initiatique à la rencontre du Death Métal mélodique et doomisant allié à la musique traditionnelle arabe. Les instruments typiques utilisés, tels que le qânun (guitare proche de la cithare) ou darbouka (percussions), permettent une immersion immédiate dans des décors chauds et désertiques. Et cela dès l'introduction, "Portals to Edinya". Soyons clairs, on n'assiste pas à un ajout d'instruments arabisants au Metal "pour le folklore", mais véritablement à une fusion entre deux styles musicaux, deux cultures. Le résultat est particulièrement réussi et bluffant.

Le chant est assuré par Raouf pour les voix growls et saturées, et aussi par Ryma pour les lignes vocales en chant clair. Sa voix, fluctuante, ondulante, est typiquement orientale, et sent bon le sable chaud. Les chansons sont chantées en anglais, mais également en arabe, et tant mieux, ç'aurait été dommage de passer à côté de ça, d'autant plus que le résultat est parfaitement réussi. Citons pour exemple "Daret layyem", morceau très réussi.

Avec le titre "Raped dreams", le groupe nous déstabilise dans le sens quelques sons électro en introduction nous prennent de court, on ne s'y attendait pas vraiment. Mais une fois l'effet de surprise passé, il faut bien avouer que l'ensemble n'est pas si étrange que cela pourrait paraître à la base, et la composition révèle petit à petit ses secrets et se montre intéressante en tous points. Surprenant, mais dans le bon sens du terme.

Les compositions sont inspirées et extrêmement bien structurées, très agréables à l'écoute. La variété des chansons, et évidemment l'utilisation de tous ces instruments typiques du Moyen-Orient apportent à cet album une originalité à laquelle on ne peut pas passer à côté ! D'autant plus que le talent est là.

Le dernier morceau, "Kont trab", aborde un sujet grave et on ne peut plus d'actualité malheureusement : le terrorisme. Finement illustré musicalement parlant, on se retrouve tristement plongé au coeur des massacres des innocents au nom d'une quelconque obscure religion. Le thème est osé, mais la chanson est terriblement poignante, surtout avec l'adjonction de bruitages tels que les rires d'enfants, les tirs en rafale de mitraillettes et les cris désespérés.

Nawather est une très belle découverte, leur musique est originale et très bien interprétée, on en redemande après la trop courte durée de "Wasted Years" (43 minutes seulement), et on est impatient de les découvrir en live.