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Holy Moses
Entretien avec Sabina à Useldange, Out of the Dark Festival, 20 octobre 2006
Publié le 20/10/2006, par Guardian
Cette interview restera parmis mes grands souvenirs, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que Holy Moses est un de mes groupes préférés. Ensuite parce que les conditions dans lesquelles elle s'est déroulée sont un peu particulières. Le groupe n'ayant pas eu le temps de la faire avant le concert, Sabina m'a très gentillement convié dans sa loge pour l'after show, et une interview qui a du coup commencée à 2h45 du matin. Et comme toujours, la belle s'y prête avec plaisir et avec un énorme sourire...


Il y a bientôt deux ans que votre dernier album Strength, Power, Will, Passion est sorti. Cette période doit arriver à sa fin. Comment s'est déroulée sa promotion?

Sabina : Okay. En ce moment, et depuis quelques temps, nous nous produisons beaucoup sur scène, mais nous travaillons également en studio. Nous bossons sur des nouvelles chansons, et tout se passe à merveille. Nous entrerons en studio en décembre pour préparer le nouvel album. Je pense qu'il sera disponible durant...mhh...l'été 2007.

Cet album avait un côté plus mélodique, qui lassait entrevoir plus d'émotions dans ton chant. Allez vous continuer dans cette voie ?

Sabina : Je ne sais jamais comment sera un nouvel album. La discographie d'Holy Moses est tellement différente. En même temps c'est ce qui fait du groupe une des ses particularités. Tout cela est beaucoup en rapport avec mes sentiments, et je ne peux pas savoir ce que je ressentirais en décembre (rires). Ca dépend aussi du type de chansons. J'écris des paroles tous les jours et j'aime avoir ce sentiment de profondeur dans ma voix et mes lyrics. Mais d'un autre côté j'adore aussi les paroles sur des chansons comme... (une capsule de bière passe entre nous...éclats de rires ) ... comme sur Finished With the Dogs ou The New Machine Of Lichtenstein. Donc je ne sais pas...Je ne sais vraiment pas (rires). Est-ce que tu l'aimes? Cette émotion dans la voix ?

Oui, beaucoup. J'écoute beaucoup de death mélodique et du thrash old school. J'adore les bonnes mélodies !

Sabina : C'est noté ! (rires)

Depuis quelques temps, vous semblez rééditer peu à peu vos premiers albums. Peux-tu nous en dire plus ?

Sabina : En fait, nous les avons tous réédités ! Master of Disaster paru en 2001 vient de ressortir, et le 17 novembre c'est au tour de Disorder of the Order. On a donc sorti en 12 mois, 12 albums. C'est un record (rires).

Ca a du être du boulot de tout retravailler...

Sabina : Ouais, c'était dur ! Nous étions toutes les semaines en studio pour mixer les morceaux et tout préparer. C'était bizarre, un sentiment de déjà vu. Je veux dire... en 12 mois j'ai revue défiler toute ma vie (rires).

Et c'était ton choix ?

Sabina : Oui, c'était mon initiative. Je me suis dit que le fait que nous fêtions nos 25 ans était une occasion. Et je voulais que tous les albums soient réédités d'ici à la fin de l'année. Parce que maintenant sur ebay, les vieux albums sont très chers. Et nous avons beaucoup de nouveaux jeunes fans pour qui ce n'est pas juste de devoir payer 50€ sur ebay pour pouvoir obtenir Finished With the Dogs ou The New Machine Of Lichtenstein. C'est la raison pour laquelle je voulais tout ressortir à un prix abordable pour tous. C'était donc un souhait personnel pour ne pas que les gens qui en ont que faire d'Holy Moses s'enrichissent sur le dos de nos fans.


Holy Moses a toujours semblé souffrir de problèmes de line-up. Mais depuis 2002, avec l'arrivée de Michael, vous semblez pourtant avoir trouvé vos marques (à l'exception de ce soir où le groupe se produisait exceptionnellement sans son bassiste). Cela correspond aussi à la période à partir de laquelle Andy (Classen) a cessé toute apparition dans votre musique. Penses-tu que votre line-up actuel soit le meilleur que vous puissiez avoir?

Sabina : Aujourd'hui l'entente avec les mecs est vraiment géniale. Mais bon, ça n'est pas toujours facile tu sais. Le groupe existe depuis 25 ans. Et de trouver des gens qui ressentent les choses comme moi, ce n'est pas chose aisée. Ca a été comme ça depuis toujours. J'ai toujours voulu que mes musiciens ressentent pareil que moi, et je pense et j'espère qu'aujourd'hui c'est le cas. J'ai tout de suite su que Michael collait à cette description, et c'était de ce fait simple de travailler avec lui. Et j'aime bien Ozzy, notre bassiste du moment. C'est un fan de Holy Moses depuis 15 ans. Donc il connaît toutes les chansons... Il les connaît même mieux que moi (rires). C'est vraiment ce dont Holy Moses a besoin, d'avoir des membres qui sont réellement fans du groupe. Et moi, je suis folle, je le sais. Continuer tout ça avec tous les hauts et les bas dans le groupe depuis 25 ans. Ce n'est pas donné à tout le monde ! Tous les anciens membres ont voulu fonder une famille, trouver un travail qui leur rapporte de l'argent. J'ai du apprendre à dire "Okay, aurevoir". C'est très dur d'être un musicien. C'est presque impossible d'être dans un groupe si tu as l'intention de créer une famille, d'avoir des enfants alors que tu dois gagner de l'argent pour les nourrir. Tu es tout le temps en tournée, en studio ou autre. C'est pourquoi je cherche à avoir des musiciens qui savent ce qu’ils veulent pour avoir le meilleur des line-up. En ce moment nous tournons vraiment bien et j'espère que l'état d'esprit des gens avec qui je joue ne changera pas. Il faut qu'ils continuent à croire en Holy Moses et à aimer ce groupe autant que je l'aime.


Vous avez donné énormément de shows en 25 ans. Mais je pense deviner que ceux que vous avez livrés à Wacken restent vos meilleurs souvenirs...

Sabina : Et bien Wacken est toujours un endroit à souvenirs. C'est le neck plus ultra du métalleux (rires), et bien sur qu'on adore. Mais nous avons donné d'autres concerts énormes comme en Corée du Sud ou au Dynamo Open Air en 1989. Le Dynamo était en 1989 ce qu'est Wacken aujourd'hui, avant qu'il ne devienne culte. Nous aimons aussi beaucoup jouer au With Full Force... Mais tu as raison, Wacken est incroyable.

Des chances de vous y voir cette année?

Sabina : Et bien nous avons joué là-bas en 2005, donc nous ne pouvions pas en 2006, mais peut-être en 2007, oui.

Tu parlais de 89 pour votre concert au Dynamo, mais c’est également l’année où vous avez joué pour la dernière fois en France…17 ans… Pourquoi ?

Sabina : Je ne sais pas. C’est vrai que ça fait un moment. Et puis ce n’est pas facile. Tu sais, dans les années 90, les gens ne croyaient pas vraiment au thrash metal, et la situation en France n’était pas simple. Aujourd’hui, notre maison de disque Underclass nous a dit que nous allions faire deux shows à Lyon et Paris, donc nous reviendrons en novembre. Et je sais grâce à Myspace, qu’il y a beaucoup de gens qui souhaitent nous voir revenir en France. Je m’impatiente beaucoup (rires).

Peux tu me parler de ce concert spécial que vous donnerez chez vous à Aachen pour vos 25 ans de carrière ?

Sabina : On espère que beaucoup d’anciens membres feront leur apparition. En ce moment je téléphone dans tous les sens pour essayer d’en rassembler le maximum. Et j’aimerais que beaucoup d’entre eux viennent, et ainsi nous pourront jouer quelques chansons ensemble.

Pas mal de vieilles chansons donc ?

Sabina : Ouais !

Un dvd est-il en prévision ?

Sabina : On est tous d’accord sur le fait qu’il est important de faire ressortir toutes les émotions qu’on ressent pendant un concert. Et d’un autre côté nous sommes vraiment old school, donc on s’est dit qu’un DVD d’un seul concert n’était pas vraiment nécessaire et représentatif. Mais nous travaillons actuellement dessus et ce sera visiblement plus un DVD complet pour retracer les 25 ans de carrière d’Holy Moses. Bon, nous aurons des vidéos très vieilles parfois horribles, mais ce sera fun je pense. Nous serons également filmé à Aachen, donc nous devrions avoir tout le matériel nécessaire d’ici à décembre. Malheureusement le temps est limité et on a trop de matériel. Donc pour l’instant on est occupé à couper et couper les vidéos.

Depuis quelques temps, la scène thrash allemande semble bénéficier d’un regain d’intérêt parce que des groupes se remettent à sonner comme il y a 20 ans. Kreator a sorti ses meilleurs albums, Sodom n’a plus joué aussi fort depuis The Saw is the Law. Vous qui le vivez de l’intérieur, penses-tu que vous devez jouer comme dans les années 80 pour plaire ?

Sabina : C’est un mélange de tout ça. Nous venons également des années 80, donc nous ne changerons jamais, et nous ne sonnerons jamais moderne à la manière d’un groupe comme Trivium, ou un truc du genre. Je fais ce que je veux, ce qui nous permet d’être unique. Je ne pense jamais à l’avance aux chansons, à leur composition, ça vient vraiment de mon cœur sur le moment. Je n’y pense pas avant d’entrer en studio. Tu sais, l’évolution plane sur tout le monde. Quand tu vieillis, toute l’expérience que tu acquiers dans ta vie influera forcément sur ta musique. Tu ne peux pas tout garder pour toi toute ta vie. La chose que je dis toujours c’est « Ne réfléchis pas trop. Fais ce que tu as à l’esprit, dans ton cœur, dans tes tripes et FAIS LE ! », et sois toi même. La seule chose que je veux être c’est moi même.

A l’opposé, votre public lui semble ne pas avoir d’âge, et il n’est pas rare de voir des très jeunes à vos concerts. Moi même je n’ai que 21 ans, ce qui signifie que je n’étais même pas né lorsque vous avez sorti vos premiers albums. Qu’est-ce que cela te fais de toucher un public de kids ?

Sabina : C’est génial. Ca me donne l’impression que je fais de bonnes choses. Tu vois, ça n’a rien à voir avec l’âge, nous ressentons le heavy metal. Cela fait de nous tous des frères et sœurs. Je ne me demande jamais quel âge à telle ou telle personne, même si aujourd’hui nous avons beaucoup de générations dans le metal. Regarde, Lemmy pourrait être mon père, je pourrais être ta mère,… C’est un sentiment génial tu sais. D’avoir un fils comme toi qui écoute du heavy, c’est comme : « Hey, mon éducation a été bonne, mon fils écoute du heavy metal ». Parce que normalement, les jeunes vont à l’encontre de ce que veulent leurs parents (rires). Dans le metal nous sommes tous ensemble, et ça n’est pas une question d’âge. La seule chose en quoi nous croyons sont les musiciens et la musique, et c’est parfait comme ça, et c’est justement ce que j’aime. C’est vraiment cool de voir que des nouvelles personnes rentre dedans et aiment la musique comme je l’aimais alors que je n’avais que 15 ans quand j’ai commencé avec Holy Moses. Ca me rend heureuse. En plus, le heavy metal fait rester jeune. Dans une vie normale, mon fils ou ma fille ne viendrait jamais voir un de mes concerts « Oh mon Dieu, c’est si retro ». Chez nous, personne n’a d’âge. Que tu ais 30, 40 ou 20 ans, tu es pareil, parce que tu t’habilles de la même façon. Quand je vois mes voisins qui ont le même âge que moi, ils ont l’air bien plus vieux. Ils me demandent souvent comment je fais pour paraître si jeune. Je leur réponds « sexe, drogues et rock’n’roll » (rires). Et ils me regardent comme (elle prend l’air intriguée)…

Crazy people…

Sabina : Exactement. Ca me choque parfois les gens de mon âge ont l’air tellement vieux. Je ne peux pas y croire parfois.

Mais tu as vraiment l’air d’être jeune. Un peu comme Doro, elle ne fait pas son âge…

Sabina : (rires) Oui. C’est une très bonne amie à moi et on en parle souvent. Le heavy nous donne la jeunesse éternelle !

Donc dans 50 ans, tu en auras toujours 20 ?

Sabina : Ouais ;)

Cool ! Et je viendrais toujours te voir alors !

Sabina : Ca marche (Rires) !

Il y a 25 ans tu as rejoins Holy Moses. Aujourd’hui le chant death pour les chanteuses est plus courant via des groupes comme Arch Enemy, Walls of Jericho ou Rachel de Sinister. Mais à l’époque, tu étais la première. Comment te sens tu d’être l’initiatrice de toute cette vague ?

Sabina : J’en suis fière. Jamais je n’aurais pu y penser quand j’ai commencé. Quand je vois toutes ces chanteuses et que je me dis que j’ai été la première… Dans les années 80, il n’y avait pas tellement de filles, non seulement dans des groupes, mais aussi dans le public. Alors qu’aujourd’hui c’est environ 50/50. Et c’est un sentiment très positif d’avoir instaurer quelque chose dans le monde du metal. Oui…ça me rend vraiment très fière ! (Rires)

De l’autre côté, il y a toute la scène de metal à chanteuse qui devient elle aussi de plus en plus populaire grâce à Evanescence, et maintenant Nightwish et Within Temptation. Ces groupes vendent des cds par brouettes. Toi qui est là depuis 25 ans, n’es-tu pas un peu jalouse de ce succès soudain ?

Sabina : Non, jamais. J’aimerais bien que tout le monde puisse avoir du succès, mais tu ne peux pas comparer Tarja de Nightwish ou Within Temptation avec des groupes de death ou thrash. C’est une musique totalement différente. Tout ça ne forme qu’un monde, même des groupes qui ont moins de succès comme Kreator, Destruction ou même Slayer. Nous sommes tous ensembles, tous musiciens, et nous nous apprécions les uns les autres. Personne n’est jaloux parce que tu sais que le succès des autres groupes profitent en quelque sorte à toute la scène metal. Je pense que c’est la chose la plus importante : de rester ensemble, et de continuer à avoir le heavy metal dans le sang.

A propos de succès, tu as du entendre parler de la victoire de Lordi au concours de l’eurovision. Quel est ta vision de ce résultat ?

Sabina : C’est également un bon coup de pouce à la scène metal. La meilleure chose dans cette histoire, c’est qu’on a pu voir tous les métalleux d’Europe s’unir pour emmener Lordi à la première place. Ca n’avait pas de rapport avec si tu écoutes du heavy, du thrash ou du death. A ce moment tous les metalheads tapaient leur SMS pour faire gagner Lordi. Même moi ! Nous pouvons tous être fier d’avoir gagnés face à tous les autres gens. Et Lordi a gagné. On a pu voir le pouvoir qu’avait les métalleux dans chaque pays. Ca aurait pu être n’importe quel groupe. Peu importe que ce soit Lordi, c’était le signe du metal, et c’était incroyable.

Serais-tu capable de le faire l’année prochaine pour l’Allemagne si on te demandait ?

Sabina : (Rires) Oh oui ! Ce serait génial. Pourquoi pas ? Pour représenter ton pays à l’eurovision tu dois être dans les charts. Peu de gens votent, donc si tu ne l’es pas, c’est dur d’avoir un bon résultat. En même temps, une chanson comme « Hard Rock Hallelujah » serait difficile à faire pour Holy Moses (rires).

Et bien imagine les gens devant leur écran à chanter « Woooorlldd Chaoooooss »…

Sabina : Ah oui, ça déchire (rires) !

Peux-tu nous dire ce que tu écoutes en ce moment, tes albums favoris ?

Sabina : Un de mes derniers achat est le dernier Slayer. J’adore Slayer, c’est un groupe super. J’écoute aussi le dernier Saxon. Ce sont de bons amis. Ca n’a aucun rapport avec Holy Moses, mais tous leurs albums sont si frais. Ils sont plus vieux que moi, mais je suis fier que leurs albums sonnent toujours aussi frais. Sinon j’écoute toujours Ozzy Osbourne, Lemmy, Motörhead. D’un autre côté j’écoute aussi des trucs plus calme parfois, des musiques très relaxantes, dans d’autres styles.
J’aime aussi beaucoup mes amis du milieu thrash : Kreator, Sodom, Destruction qui sont de bons copains. Leurs derniers albums donc. Le fait que nous nous connaissons bien me pousse à m’intéresser à ce qu’ils font. J’écoute aussi beaucoup de nouveaux trucs parce que je travaille en tant que productrice pour notre label Armaggedon Music. J’écoute de tous, parce que je reçois tous les jours 20 nouveaux cds de toute la planète, et du coup j’ai des piles énormes de cds. A un tel point que je ne peux pas tout écouter. C’est d’autant plus embêtant qu’il y a parfois d’excellents groupes dans le lot. Et c’est dur de choisir d’en signer un plutôt qu’un autre. Parfois je n’ai aucune idée de quoi choisir, parce que j’aime tous les genres de musique, et j’aime les gens qui la font, parce que je sais quelle quantité de travail ça représente. Ce n’est pas toujours un travail facile.

Merci beaucoup Sabina d’avoir pris du temps pour répondre à mes questions. As-tu un dernier mot à dire à nos lecteurs et vos fans français ?

Sabina : Merci à toi ! Oui. A tous les Français, j’aimerais leur dire que finalement après 17 ans nous revenons en novembre chez vous. Merci beaucoup pour votre soutien durant toutes ces années. Seuls les fans ont rendu notre retour possible parce que vous avez écrit tellement de mails à notre maison de disque et sur notre myspace, à notre fan-club, que la compagnie et notre promoteur français n’ont pas eu d’autre choix que de booker Holy Moses. C’était vraiment une histoire de pouvoir des fans. Il y a eu une telle attaque massive de fans français, que nous pouvons maintenant jouer à nouveau chez vous. C’est un geste de reconnaissance énorme que de savoir que nos fans nous aident à jouer. Merci énormément à tout le monde en France pour tout ce que vous avez fait à travers toutes ces années…